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Djénéba et Fousco : premier album pour le duo malien

Les Maliens Djénéba et Fousco présentent leur premier album, Kayeba khasso, tout frais paru. Il y a pas mal de choses à raconter sur ce duo. D’abord, pour remarquer que les deux artistes sont unis dans la vie comme sur la scène. Mais surtout pour décrire en quoi ils représentent l’Afrique d’aujourd’hui : urbaine, attachée à son histoire et soucieuse de son avenir. Loin des clichés sur les musiques africaines, Djénéba et Fousco sont branchés sur l’Afrique électrique, transformant allégrement des mélodies inspirées de la tradition griotique malienne en chansons aux gimmicks terriblement actuels.

Sur l’Araignée, vous entendez ces jours-ci, en rotation forte, le titre Hakilima, contemporain, pop, dansant et très malien. Voici, dans des registres différents, deux autres extraits de l’album : Regrets et Yiriyoro.

Djénéba est l’une des voix les plus fascinantes du Mali d’aujourd’hui. Ce visage juvénile masque à peine son impressionnante maîtrise de la science des Djelis, les Kouyaté, descendus tout droit de Balla Fasséké Kouyaté, premier griot de l’empereur Soundiata Keita. Son art de l’improvisation et de la louange a charmé le Mali lors du fameux télécrochet national « Tounkagouna» qu’elle remporta haut la main en 2010.

Fousco, guitare à la main, rejoint la lignée des grands faiseurs de chansons de la région de Kayes tel Habib Koïté ou Boubacar Traoré. À l’ombre de ces géants, il a rencontré Djénéba après lui avoir succédé au palmarès de « Tounkagouna» en 2011. Avec sa voix affirmée au timbre mandingue assumé, Fousco sait déjà conjuguer dans ses compositions, douceur et blues, mélodie et groove.

Autant à l’aise pour raconter la place de l’amour dans la nouvelle jeunesse africaine que pour évoquer les douleurs des aventuriers (les « tunkarankés», nomades, migrants), le nouveau couple des musiques maliennes clame haut et fort dans ce premier album les envies de fête et d’avenir de la jeunesse bamakoise aussi bien que la nostalgie du berceau kayésien qu’il a fallu quitter pour trouver du travail.

Djénéba Kouyaté est née à Kaye-Toukoto. Elle descend d’une famille de griot. Son enfance est bercée par les louanges que faisaient ses parents lors des cérémonies griotiques (mariages, baptêmes…). Elle commence la musique à l’âge de 7 ans, formée par Hamara Bemba Diabaté et Mamadou Laye Sissoko (père de Fousco) puis étudie à l’INA (Institut national des arts) à Bamako.

Fousseyni Sissoko, dit « Fousco », est né et a grandi à Kaye Khasso, a commencé la musique à l’âge de 12 ans aux côtés de son père Mamadou Laye Sissoko (compositeur et arrangeur de renom). Il se rend à Bamako pour faire l’INA puis rentre au conservatoire Balla-Fasseké-Kouyaté où il obtient son master en musique. Pendant ses études, il rencontre Sidiki Diabaté avec qui il rejoint le groupe de rap d’Iba One, GGR, pour qui ils composent ensemble Salimou qui devient un hit à Bamako.

Après leurs victoires successives au concours « Tounkagouna», Fousco & Djénéba décident de travailler ensemble quand ils sont choisis pour participer à un échange culturel entre le Mali et la Chine. Partir en tournée est l’occasion parfaite pour créer un répertoire. Ils se marient religieusement en 2012. De cette union naîtront deux enfants : Prince et Lalla.

En 2015, à l’invitation de Ballaké Sissoko, le duo participe au festival Africolor pour une  résidence de création au Plan de Ris-Orangis. Les deux années qui suivent sont consacrées à l’enregistrement de leur premier album Kayeba Khasso (produit par 438 Productions, présenté avec la complicité de Lusafrica), et aussi à la création de la nouvelle pièce de théâtre de Moïse Touré, 2147 : et si l’Afrique disparaissait ?, chorégraphiée par Jean-Claude Gallotta, sur une musique de Rokia Traoré et Djénéba & Fousco. Le duo malien interprètera ses compositions sur scène pendant toute la tournée, dont la première représentation est le 8 janvier 2018 à la MC2 de Grenoble.

Entre-temps, en 2017, ils participent à la seconde édition de « L’Afrique a un incroyable talent» et font exploser leur popularité bien au-delà du Mali, dans toute l’Afrique de l’Ouest : « Je vous envoie directement en demi-finale !» Telle fut la sentence de Fally Ipupa sous les acclamations des autres membres du jury et du public. « Quand je dis qu’il y a des gens qui savent chanter… C’est ce qu’on appelle savoir chanter», a ajouté le Congolais. Dans la bouche d’une star comme Fally Ipupa, c’est plus qu’un commentaire : c’est une  reconnaissance.

Leur prestation de 40 secondes lors des qualifications a récolté plus d’un million de vues et plus de 7 000 partages en 10 jours sur les réseaux sociaux.

Crédit photos pour cet article : Christophe Daubrée, Mali, 2016 et 2017.

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