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Casual Melancholia : quelque part entre Caspar David Friedrich et un festival de tuning

Cet article Casual Melancholia : quelque part entre Caspar David Friedrich et un festival de tuning provient de Manifesto XXI.

Casual Melancholia  : il arrive dans vos oreilles et sur vos écrans, avec un premier EP éponyme. Le premier single « Cœur » est sorti et a fait battre le nôtre. Casual Melancholia aime la danse contemporaine et les grosses voitures, deux éléments que l’on retrouve dans la vidéo, mais qui sont loin de définir à eux seuls son univers. La musique électronique est ponctuée d’instruments acoustiques, et les textes poétiques sont inspirés autant de la tradition romantique que de la modernité numérique. Manifesto l’a rencontré.

La Pochette de
La Pochette de « Cœur ». Crédits : Casual Melancholia

 « Cœur ne veut pas mourir »

Cœur vient de naître. Le morceau sorti hier est l’amorce du premier EP de Casual Melancholia. EP dont une  nouvelle chanson paraîtra dorénavant chaque mois, accompagnée de son clip.

« Cœur, cœur, cœur mange la douleur/ Aussi floue qu’un paradis. » Coup de Cœur pour ce titre, dont la vidéo est, elle aussi, un paradis flou.

Rencontre avec Casual Melancholia

Il est vers Saint-Paul, dans son café préféré. Il porte un costume, très large, à rayures, comme dans le clip ; chemise blanche, col ouvert, et aux pieds, une  paire de grosses baskets, blanches aussi. Ses yeux verts sourient quand il nous parle de sa musique.

Entre Paris et Strasbourg, le garçon joue de la guitare, du piano, des synthés, il chante, il danse, il tourne, il peint. Casual Melancholia, c’est une  voix grave, une  voix suave, de la musique électronique, synthés, house, mais pas que, des instruments acoustiques s’ajoutent pour faire quelque chose de différent. Casual Melancholia, c’est l’homme d’aujourd’hui, multiple, touche à tout, bon à tout, qui a peur de montrer toutes ses facettes mais qui les montre quand même. Il est souvent en marcel, il aime le tuning et il a même eu une  coupe mulet. « Mais » il fait de la danse contemporaine, il t’entraîne dans quelque chose de terriblement poétique, et il trimbale une  nostalgie du romantisme, so XIXème siècle.

 « Casual Melancholia. J’ai écrit ça de manière instinctive, mais c’est intéressant après coup. Ce sont deux termes qui s’opposent. L’un représente notre époque : le culte du normcore et du basique ; l’autre c’est le romantisme, l’envie d’avoir des héros… c’est vraiment l’antagonisme parfait. »

Comme si Werther de Goethe pouvait se prendre en selfie.

« La vie numérique est très importante pour moi. Je me suis mis sur Instagram il y a moins d’un 1 an et ça m’a fait réaliser quelque chose sur notre civilisation : avant, on avait une  vie réelle et une  vie spirituelle. Maintenant, on a une  vie réelle, une  vie spirituelle et une  vie numérique. C’est une  grande révolution pour l’être humain, on fait tout pour cette troisième vie : il peut y avoir du sexe, de l’amour, de l’amitié, des rencontres, de la musique… Pour moi c’est intéressant de faire dialoguer ces trois vies : la Nature, Dieu et Instagram. »

Nous revoilà face à l’antagonisme d’une mélancolie casual. D’un côté des choses très contemporaines, de l’autre, une  tradition plus ancienne. D’un côté le rêve romantique d’un siècle passé, dans son rapport à la spiritualité, et, surtout, à la nature et à l’amour ; de l’autre, une  esthétique de la normalité : Instagram, le selfie, l’urbain, et même la musique électronique.

 « Je voulais dans ce disque faire se rencontrer la nature et le numérique, comme si Werther de Goethe pouvait se prendre en selfie. Il est tellement malheureux dans sa forêt. Qu’est-ce que ça donnerait ? J’ai envie de ça pour moi : j’adore Instagram c’est un délire. J’ai aussi envie de me mettre en tailleur dans une forêt et de regarder les plantes pousser. »

C’est vrai, on ne peut pas parler du XXIème siècle et négliger la nature ou Instagram. Casual Melancholia nous tient un discours qui pourrait être tiré d’une page de Tesson :

« La grosse tension de notre époque est la création d’une vie virtuelle — et donc la dématérialisation — alors qu’il y a des problèmes très concrets ici : notre planète s’effondre, on vit dessus, on va se buter, se suicider si ça continue. Ce sont les deux choses me fascinent : l’écologie et la virtualité. »

« Au-delà de l’amour qui nous fascine tous », ce seront les thèmes abordés dans son EP.

J’ai envie que les gens regardent d’abord.

Ses clips sont tournés à l’iPhone, spontanément. Sont gardées les vidéos qui lui plaisent. « Déjà c’est hyper facile, tu l’as en poche et ça ne prend pas de place. Et puis c’est vraiment d’aujourd’hui. » 

« Je crois profondément que l’essentiel d’une chanson, c’est un texte et une  voix. Mais l’image est importante aussi, j’ai envie que les gens regardent d’abord ce que j’ai voulu dire. Parce que c’est sincère mon projet, et puis c’est complètement DIY. Tant que je ne saccage pas mes textes parce que je me prends en selfie, tout va bien. »

L’image est soudée à un texte d’une écriture soignée et cryptée, admirative de celle de Rimbaud ou d’Apollinaire, qui eux aussi rêvaient de confronter l’éternité et la modernité.

Déghettoïser la musique

Qui l’inspire ? Il me répond Frank Ocean, Suicide, le Velvet, Flavien Berger, et Fishbach, avec qui il collabore. Des gens libres dans leur processus de création. Qui le poussent à ne pas se demander « est-ce que j’ai le droit de faire ça ? Est-ce que c’est hype ? Est-ce que c’est la te-hon ? »

« Frank Ocean va beaucoup plus loin que le rap. Il est autant influencé par David Bowie que par Aphex Twin. Il a des gros ponts avec l’art contemporain, il fait ce qu’il veut, ses textes sont magnifiques, les prods sont dingues. Il sort de ce qu’on attend d’un rappeur américain. »

« Flavien Berger a une  grande douceur. Il prend un truc à la mode, qu’il transforme à sa manière. Y’a un groove de taré, des paroles sublimissimes… Je ne ferai pas cette musique si Flavien Berger ne faisait pas cette musique. »

« Cette année j’ai écouté beaucoup de rap US. Ce qui m’intéresse le plus c’est leur prod’. Ils sont hyper libres. Les blancs font de la musique de musée. J’aimerais pouvoir à mon échelle déghettoïser ma musique, et pas faire de la musique de trentenaire à Paris. »

Casual Melancholia. Crédits: Alexandre Desmidt
Casual Melancholia. Crédits : Alexandre Desmidt

Je me suis autorisé à réaliser tous mes fantasmes.

Casual Melancholia est un artiste indépendant : il fait tout seul. Le point de départ de l’EP est la construction de son studio.

 « Je fais de la musique électronique. Je compose avec des boîtes à rythme, des synthés. Je ne me limite pas, je travaille aussi avec mes instruments acoustiques. Je ne travaille pas comme tout le monde avec un logiciel, ce sont des vrais instruments qui sont calés à la main. Je fais de la musique libre. Ce projet-là, Casual Melancholia, c’est Virginia Wolf dans son petit bureau. Je fais ce que je veux, c’est trop bien. »

Outre la vidéo, la danse fait aussi partie du package. Casual Melancholia a fait de la danse contemporaine, ce dont il rêvait depuis un voyage en Israël qui l’avait confronté à la Batsheva et à la gaga dance.

« Le tuning ou la peinture impressionniste, la boxe ou la danse contemporaine, c’est une  partie de moi qui s’exprime. Pour synthétiser un peu tout ce qu’on a dit, un moment je me suis autorisé à réaliser tous mes fantasmes, à vraiment oser. Si ça peut paraître évident, ça ne l’est pas ! »

À suivre. Nous, on a hâte.

Cet article Casual Melancholia : quelque part entre Caspar David Friedrich et un festival de tuning provient de Manifesto XXI.

Source : Manifesto 21

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